Freedom Magazine

Bamenda under emergency rule

Paul Biya at US Embassy 2006

Image via Wikipedia

Bamenda sous la menace des attentats

© Le Jour : Claude Tadjon

Psychose dans la ville qui attend Paul Biya. Du 29 au 30 novembre, tous les corps de l’armée vont converger, au cours d’une cérémonie présidée par le chef de l’Etat, vers le chef-lieu régional du Nord-Ouest en proie à une montée de l’insécurité.

Dans 25 jours exactement, débuteront les célébrations du cinquantenaire de l’armée du Cameroun à Bamenda, chef-lieu de la région du Nord-Ouest. Du 29 au 30 novembre en effet, tous les corps de l’armée vont y converger au cours d’une cérémonie présidée, en principe, par le chef de l’Etat, Paul Biya, commandant en chef des forces de défense nationale. Cette manifestation d’envergure nationale est célébrée sous le thème : « Cinquante ans : une armée au service de la paix et de la stabilité». Il sera question de faire le point des cinquante ans d’existence de l’armée camerounaise, créée à l’accession du pays à l’indépendance.

Les préparatifs se poursuivent. Le comité régional d’organisation présidé par le gouverneur de la région du Nord-Ouest est à pied d’œuvre (lire ci-dessous l’interview sur le point des préparatifs). Toutefois, la quiétude des préparatifs entamés depuis l’annonce de la célébration du cinquantenaire de l’armée par le chef de l’Etat, dans son discours de fin d’année en décembre 2009, a soudainement été rompue. Par les activités criminelles d’un gang activement recherché ces derniers jours par les forces de maintien de l’ordre.

Les cibles de ce gang sont les opérateurs économiques implantés à Bamenda. Son mode opératoire est l’envoi des Sms, accompagnés d’instructions qui doivent être suivies à la lettre. A savoir, un transfert de crédit, généralement d’un montant de 100 000 Fcfa. Ces Sms sont assortis de menaces. Le refus d’obtempérer est sanctionné par des représailles. Les activités de ce gang qui ont débuté après le 1er octobre 2010 ont été considérées comme une trouvaille du mouvement sécessionniste des régions anglophones, le Scnc. Qui n’a pas caché sa désapprobation de voir Bamenda accueillir les célébrations du cinquantenaire de l’armée du Cameroun. On a alors parlé de menaces terroristes à Bamenda.

Le gouverneur de la région du Nord-Ouest refuse de faire ce lien et relativise les activités criminelles de ce gang : «Il faut avouer qu’il y a exagération dans les termes qui sont utilisés. Il ne s’agit pas d’attaques terroristes. Il ne s’agit pas d’explosions. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Il y a de petits bandits qui ont décidé, dans leur mode opératoire, d’envoyer des Sms à des personnes ciblées (…) assortis d’une menace : si vous ne vous exécutez pas, votre enfant va être enlevé, votre pharmacie ou votre commerce va être incendié.» Difficile donc d’y voir une vague d’attentats planifiés avec des objectifs politiques clairs. Ce gang n’a justement pas formulé de revendications politiques à ce jour. Mais il a mis à exécution ses menaces en incendiant des commerces à Bamenda. Ce qui renforce la psychose dans la ville.

Bilan : Deux cybercafés, une librairie et un établissement de microfinance consumés

Un gang qui fait chanter des opérateurs économiques a mis sa menace à exécution, occasionnant des dégâts collatéraux.

Bamenda, 1er novembre 2010. 15h. Une forte pluie vient de s’abattre sur la ville. Nous sommes à Fon Street, non loin du stade municipal. A l’entrée de cette rue, au croisement avec Old Treasury Street, un grand bâtiment qui a abrité autrefois une librairie, un restaurant, un cybercafé et un établissement de microfinance est défiguré par un incendie qui a eu lieu dans la nuit du 14 au 15 octobre derniers. La charpente, la toiture et les ouvertures ont disparu sous l’action dévastatrice des flammes. Dans la librairie, la fumée s’échappe encore des cendres. La pluie qui s’est abattue sur la ville n’a pas complètement éteint les flammes, deux semaines après l’incendie.

La plaque signalétique «Crédit Union» a été ôtée devant l’établissement de microfinance, laissant des traces visibles. Les causes de cet incendie sont criminelles, selon diverses sources crédibles.

a promotrice du cybercafé est en effet l’une des destinatrices des Sms envoyés à des opérateurs économiques de Bamenda par un gang recherché par la police. Celle-ci n’a pas pris au sérieux les instructions portant sur le transfert d’un crédit téléphonique de 100 000 Fcfa et surtout les menaces dont elles étaient assorties, en cas de refus. «La première menace a été adressée à une femme qui a reçu une lettre. La mise en exécution de cette menace est l’incendie qui a été provoqué dans son cybercafé. Ce cybercafé, en brûlant, a brûlé d’autres commerces voisins», indique le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Abakar Ahamat.

La librairie incendiée à Fon Street (l’une des plus importantes de la ville de Bamenda), le restaurant et l’établissement de microfinance n’étaient pas directement visés et sont manifestement des victimes collatérales de l’incendie criminel. Aucune perte en vie humaine n’a été enregistrée, mais les dégâts matériels semblent importants. Ils n’ont cependant pas encore été chiffrés. La police a ouvert une enquête.

Un autre cybercafé, situé à Foncha Junction, a connu le même sort. Dans la nuit du 16 au 17 octobre derniers, un incendie, lui aussi d’origine criminelle, a causé d’importants dégâts. Le promoteur avait lui aussi reçu des menaces.

Mode opératoire : Des textos pour arnaquer les opérateurs économiques

Ils reçoivent des directives par des Sms. En cas de refus de s’exécuter, les menaces vont des incendies criminels à la pose d’explosifs de fabrication artisanale.

Il vit désormais dans la peur. Peur de voir son gagne-pain disparaître du jour au lendemain dans un incendie criminel ou sous le souffle dévastateur d’un explosif de fabrication artisanale (cocktail molotov). Michael Sabum est un opérateur économique bien connu dans la région du Nord-Ouest et particulièrement dans la ville de Bamenda. Partenaire d’une importante société de téléphonie mobile, ses activités marchent plutôt bien. Le fleuron de ces activités est un imposant cybercafé situé à Nkwen non loin des installations de la compagnie de transport Amour Mezam. Le cybercafé comprend une dizaine de cabines Vip, pour des appels téléphoniques à l’étranger, et une vingtaine de postes d’ordinateurs connectés à Internet. Mais le gros des activités menées dans ce local et constituant l’essentiel de son chiffre d’affaires est la vente en gros des puces téléphoniques d’abonnement, des cartes de transfert de crédit de téléphone… Il emploie un personnel jeune, constitué, pour l’essentiel, de charmantes filles.

Malgré lui, il a rejoint la liste noire des opérateurs économiques de la ville de Bamenda sommés par Sms de faire un transfert de crédit de téléphone de 100 000 Fcfa à un numéro indiqué : le 77165558. Michael Sabum ignore comment son interlocuteur est entré en possession de son numéro de téléphone. Mais ce dont il est sûr, c’est qu’il a perdu le sommeil depuis qu’il a été contacté. La découverte d’un explosif de fabrication artisanale dans son cybercafé, à Nkwen, l’a en effet embarqué dans une spirale infernale : le volume de ses activités a baissé ; il est mis à contribution pour faire avancer l’enquête de la police en cours ; il a été auditionné par des enquêteurs de la Dgre partis de Yaoundé, les journalistes sont régulièrement à ses trousses et ne le lâchent plus… Son quotidien a brutalement changé. Michael Sabum a cessé d’être un citoyen ordinaire à Bamenda. Il confie qu’après avoir envoyé le transfert de crédit, il a appelé son interlocuteur pour un échange bref : «I see your message», dit l’interlocuteur. «I am save ?», demande Michael Sabum. Réponse de l’autre : «Yes, your are save». Fin de l’entretien.

Comme lui, des opérateurs économiques de la capitale régionale du Nord-Ouest ont reçu des Sms similaires, assortis de menaces. Le mode opératoire du gang est connu : «Envoyer des Sms à des personnes ciblées qui peuvent perdre quelque chose en n’exécutant pas les instructions qu’ils donnent. On vous envoie un Sms pour vous demander d’envoyer du crédit de téléphone à un numéro qu’on vous communique. C’est généralement un crédit de 100 000 Fcfa. C’est assorti d’une menace», explique le gouverneur de la région du Nord-Ouest, Abakar Ahamat.

D’après nos sources, au moins quatre personnes ont déjà été contactées pour effectuer ces transferts de crédit de téléphone. Parmi elles, une pharmacienne avec pour menace l’incendie de sa pharmacie et l’enlèvement de ses enfants. Des indiscrétions que nous n’avons pas pu recouper laissent cependant croire que le chiffre des personnes contactées par ce gang serait plus important. Certains opérateurs économiques contactés auraient en effet opté pour la discrétion. Une source proche de l’enquête en cours pour rattraper les auteurs de ce chantage confie que ces crédits de téléphone sont écoulés sur le marché des transferts par de petits détaillants.

La traque des auteurs du chantage se poursuit

Des rafles se multiplient, suscitant cependant le courroux des populations qui dénoncent des abus.

Pour certains habitants de Bamenda, la ville est sous couvre-feu, sans annonce officielle. «Il est imprudent de traîner dehors à partir de 21h. On ne sait jamais à l’avance la zone ciblée par les rafles. Le problème, ici, c’est la brutalité avec laquelle opèrent les forces de l’ordre, et surtout les tracasseries subies, même lorsqu’on a sa pièce d’identité»,  déplore, sous anonymat, un gérant de bar à Nkwen.

Réponse du gouverneur : « Nous ne restreignons pas la liberté d’aller et venir des populations. Nous faisons des opération, à partir d’un certain nombre de critères qui nous permettent de faire un tri. Lorsque nous interpellons les citoyens, nous vérifions simplement leur situation. Les citoyens peuvent aller et venir, de jour comme de nuit. Mais, comme nous ciblons un certain nombre de structures et de quartiers, si, par hasard, au moment de l’opération, quelqu’un se retrouve dans le dispositif, le conseil que je lui donne c’est de se rendre. Dès qu’on aura vérifié sa carte d’identité, dès qu’il aura justifié de son séjour …, il sera libéré sans tracasserie. Nous demandons aux populations de coopérer, c’est pour leur bien.» Concernant la brutalité et les tracasseries des forces de l’ordre, Abakar Ahamat se défend : «On ne peut pas faire d’omelette sans casser les œufs».

Les prises effectuées grâce à ces rafles semblent donner satisfaction aux responsables régionaux en charge de la sécurité, qui font état de plusieurs évadés de prison interpellés. Les chiffres exacts ne sont pas connus. Les auteurs des Sms aux opérateurs économiques, eux, courent toujours. D’après nos sources, les données fournies par les opérateurs de téléphonie mobile aux enquêteurs ont permis une bonne avancée des investigations. Notamment, les mouvements des transferts de crédits extorqués aux opérateurs économiques.

© Le Jour : Claude Tadjon

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